vendredi 17 mars 2017

Mat : l'arrivée, le lendemain

Quand nous sommes arrivés au pré le lendemain, Joguette était passée sous un fil plus haut et donc était avec Mat. Je voulais modifier la forme de la parcelle de Mat afin qu'il ait plus de terrain sec et plus d'accès à l'abris des arbres : le foin que nous lui avions disposé sous son petit coin d'arbre n'avait pas été touché, nous en avions déduit qu'il ne s'y sentait pas bien. Il avait beaucoup plu, le terrain était détrempé et une grande partie de la parcelle de Mat n'était qu'un champs de boue. Comme Joguette était déjà avec lui, plutôt que de le mettre dans ce que nous appelons pompeusement "carrière" (un bout du pré) au risque de l'abîmer, nous avons décider de laisser les trois chevaux ensemble, le temps de bouger les fils.
Cela a permis un premier contact, sous surveillance, et de continuer de tester le comportement de Mat, qui je le rappelle était un cheval dé-socialisé.

Il y a eu, bien sûr force de contact naso-naseaux et couinement et quelques menaces et ruades lancées dans le vide aussi. Très vite, Lune a réalisé une sorte de parade : toute en menace, elle s'est mise à décrire une trajectoire sinueuse, presque en épaules en dedans, entre Mat et Joguette, poussant la ponette et empêchant Mat d'approcher : c'est là un comportement de protection très caractéristique, pouvant ressembler à ce qu'aurait fait une jument pour défendre son poulain (je ne dis pas que Lune prend Joe pour son poulain !!!). Lune, à chaque changement de troupeau, a entrepris ce genre de comportement, mais jamais avec autant d'ardeur.
En réalité, Lune n'est pas une jument "dominante", elle peut être très grimacière envers les autres chevaux, mais elle n'attaque pas et si l'autre n'y prête pas attention, elle laisse tomber. L'unique fois où elle a développé un véritable comportement combattant était la fois où elle s'est confrontée à Kepler. Dans ces démonstration face à Mat, elle a fait l'exploit de lui envoyer une superbe jambette (son arme favorite) en reculant !






Agacée, et surtout se sentant probablement menacée par cette activité, ma vieille Joguette se réfugie de l'autre côté d'une clôture (comportement bien utile et bien pratique pour se garder en sécurité quand on passe sa vie entourée de "grands" !). Cela a pour effet, dans un premier temps d'augmenter l'agitation de Lune, mais bien vite elle constate que Joe est en sécurité (anthropomorphisme :-* ) et se calme. Ses interactions avec Mat deviennent alors beaucoup paisible.

En fait, en relations par paire, les choses se passe bien, mais à trois plus rien ne va. Cela illustre les conseils proposés par les Haras Nationnaux dont je parle ici.







En réalité, les choses, vues de près, sans recul, ne se passent pas mal : beaucoup de simagrées, un peu d'agitation et d'énervement, somme toute bien normal. Alors on surveille. On pense (ou l'on espère ? la confusion est souvent si facile) que Lune va finir par faire comprendre à Mat ce qu'il faut faire, et on fini la clôture, on filme, mais on se dépêche quand même !



D'autant que, les choses s'enveniment : Lune conduit Joguette, ou la suit, vers le haut du bois. Là Joguette se réfugie dans un coin et Lune entreprend une défense active, de plus en plus agressive, tandis que Mat se montre du plus en plus curieux et désireux d'interagir. On peut le voir sur la vidéo, si au début les menaces de Lune étaient ambigües, là elle est très claire : "fous moi le camps de là !"
Pourquoi continue-t-il alors de les harceler ? Comprend-il ce qu'il se passe ? Je le répète, Mat est un cheval désocialisé, mais depuis quand ? A-t-il été en contact avec d'autre poulain ou mieux, des chevaux adultes lorsqu'il était bébé puis jeune ? A quel âge a-t-il été sevré ? et comment : depuis quand est-il tout seul, depuis ses 4ans ou bien avant ? Etant donné son comportement envers Joguette (et je reviendrais dessus par la suite) il est possible qu'il ait passé quelque temps avec un poney... ? Mais ce qui est sûr, c'est que les bonnes manières n'étaient pas acquises ! En revanche, dès ce jour, Mat présente un comportement particulier vis-à-vis de l'homme : à plusieurs reprises, presque à chaque fois que Lune le repousse en fait, il revient vers nous (je reviendrai dessus dans un prochain article).
Il faut bien préciser que jamais la situation n'a été périlleuse pour les chevaux : Mat était pénible mais pas agressif, Lune montait dans les tours, mais elle ne s'acharnait pas, il lui suffisait que Mat s'écarte, et elle cessait immédiatement l'agression (comportement tout à fait sain et normal).
Enfin, Mat fini par présenter un comportement positif dans cette situation : il broute. Brouter est évidement un comportement naturel de survie (ben oui, il faut bien se nourrir) mais c'est aussi un comportement social (que se soit volontaire ou non, peu importe) qui a pour effet d'apaiser les tensions, de signifier une volonté de ne pas agresser, et (pourquoi pas) de se présenter comme herbivore, donc inoffensif.



Ça tombe bien, la clôture est finie et l'on peut récupérer Mat. On aurait pu s'attendre à un cheval sur-excité, mais non : il vient mettre gentiment son nez dans le licol et se laisse guider dans la pente du bois sans faire d'histoire. Pourtant, il ne sera pas toujours aussi facile.






Les jours qui suivent sont plus calmes : nous remettons les chevaux ensemble, mais tout d'abord sans Joguette et sur des périodes courtes. Joguette ne sera ré-intégrée avec eux qu'ensuite, toujours pour des courtes périodes et dans un terrain plus sécuritaire : la partie du pré, plate, qui nous sert de carrière. Lune continuera de protéger Joguette, mais de moins en moins.

samedi 11 mars 2017

Mat : l'arrivée

 
Nous sommes donc allé chercher Mat le 2 mai 2015. Il est très bien monté ... mais a fait semi-tour aussi sec... dans un van 1,5 places... pas large quoi (bon large pour un 1,5 place en vrai, on pourrait y mettre deux petits chevaux fins, mais quand même !) ! On s'est bien fait avoir ! Que voulez-vous ? Ça arrive... Et puis entre sa franchise à l'embarquement, et la largeur du van il était difficile de s'y attendre. Il ne s'est pas coincé, ne s'est pas fait mal... Ouf ! Impressionnant tout de même. Nous avions là une vraie anguille !






 Bref, le voilà dans sa boite, il n'a pas l'air de trouver que c'est un endroit chouette le van














Nous sommes arrivés à destination sous une pluie battante. Et ... ah tiens ! Mais c'est qu'il ne recule pas bonhomme ! Mais alors pas du tout, du tout dutout dutoudutou ! C'est simple, il ne pouvait pas envisager ne descendre son postérieur d'un chouilla ! Dès que son pied devait se poser sur le pont, il repartait en avant. Bon... Nous avons donc décidé de le laisser se débrouiller, d'attendre : nous savions que dans le pire des cas, il pourrait relativement facilement faire demi-tour : si il l'avait fait une première fois sans se faire mal, il pourrait le faire une deuxième, sinon, il finirait par reculer au moins suffisamment pour se dégager. Ben il a fait demi-tour, puis est descendu relativement pépère compte tenu des circonstances.




Mat présentait une difficulté particulière : nous savions, ou du moins on nous avait dit, qu'il vivait seul depuis au moins ses 4 ans (âge auquel les chevaux mâles tendent à se confronter entre eux assez fortement, et auquel ils ont souvent besoin qu'on leur mette les points sur les i) et nous n'avions aucune idée de comment il allait se comporter en retrouvant des congénères.
Entre contact naso-nasal, couinement et jambettes, les chevaux commencent à faire connaissance chacun de son côté de la clôture.

C'est un exercice intéressant d'étudier des vidéos anciennes (2 ans en fait). Tout semble différent : Lune était très démonstrative tandis que Mat semblait plutôt calme et stoïque bien que peut-être un peu perplexe. De son côté de la clôture, Mat semblait tout à fait civilisé. Cependant, il n'est pas rare que lorsqu'un cheval change de vie, lorsqu'il déménage, qu'il change de propriétaire, qu'il soit plus "calme", plus "sage", plus facile que ce qu'il sera par la suite. C'est comme si il y avait une sorte de "timidité" (ouh ! la vilaine, elle fait de l'anthropomorphisme 😜 )

Autre point intéressant à observer, c'est que même très concentré sur les juments, ce qui est parfaitement normal, Mat restait intéressé par l'homme et se laissait facilement approcher. Nombre chevaux dans ces circonstances dédaignent l'humain pour se concentrer sur l'environnement et les copains, voire l'évite... probablement de peur de devoir remonter dans le van ! Mais on verra bientôt que l'évitement de l'homme n'est pas son plus gros problème...


mardi 21 février 2017

Intégrer des chevaux ensemble

Eléments à prendre en compte lorsque l'on souhaite intégrer des chevaux ensemble

Les chevaux ne sont pas des animaux territoriaux, ils ne défendent pas un territoire propre ; D'ailleurs, dans la nature, ce sont plutôt des nomades dans le sens où ils ont tendance à aller et venir entre différents lieux. 
En revanche, ils disposent d'un espace personnel, qu'ils défendent. 
D'autre part, ils sont curieux, en particulier au sujet de nouveaux congénères. En réalité, les liens sociaux étant primordiaux chez les chevaux, il leur importe de savoir au plus vite qui est le nouveau venu.
Les chevaux ayant été désocialisés posent problème : les règles de vie en société s'apprennent et un cheval doit avoir été élevé avec ses pairs pour pouvoir les acquérir. Un cheval étant resté seul dans son pré ou dans on box, en particulier durant les premières années de sa vie risque de présenter un comportement inadéquat.

Premiers contacts

On peut constater leur intérêt par leur posture d'alerte : tête dressée, oreilles pointées, naseaux ouverts : les trois premiers sens sont en action, en fait tous les sens participeront à cette prise de connaissance. La première communication est donc posturale, et plus ou moins en même temps, orale : les chevaux hennissent.
Les trajectoires d'approche sont importantes :
* directe : le cheval est sûr de lui, peut-être agressif (alors les oreilles seront couchées, le nez tendu en avant, pincé voire les dents découvertes)
* hésitante, détournée, le cheval est sur la réserve et aura davantage tendance à se soumettre.
Il est évident que la vitesse d'approche est prise aussi en compte : le protagoniste peut être agité (allure vive : il charge carrément, trottine puis s'arrête avant de repartir) ou calme, à vitesse plus lente. Le premier provoquera facilement l'agitation chez les (ou le) congénères.
La posture globale renseigne bien sûr aussi sur l'état d'esprit du cheval : détendu ou excité avec la queue dressée ...
L'un ou l'autre des chevaux peuvent brouter. Cela n'est pas un comportement anodin et a une réelle vocation de communication : il confirme le statut d'herbivore et assure d'une certaine neutralité : je n'agresse ni ne fuit. Sauf exception (chevaux particulièrement agressifs, et encore, ou particulièrement excités qui vont courir tout de suite) toute approche aboutit à un contact naso-nasal. Cet échange d'identité, en quelque sorte, est souvent suivit de couinement et éventuellement d'échange de coup de pieds. Un combat peut survenir aussitôt mais pas nécessairement. La hiérarchie peut prendre du temps à s'établir et les conflits pourront avoir lieu plus tard.

A propos des conflits, vous pouvez aller voir ici

Quoi qu'il en soit, pour cette première mise en relation, les Haras Nationnaux précise que la meilleure manière de procéder, dans le cas où un nouveau cheval devrait être intégré dans un troupeau, de commencer par installer le nouveau venu avec un cheval gentil mais haut placé dans la hiérarchie existante. Ce cheval permettra que le nouveau venu soit introduit avec une certaine protection par la suite. Sinon, il reste préférable de placer les chevaux dans des parcelles séparées mais voisines, pendant quelques jours. Attention cependant : les relations de voisinage permettent que les chevaux se connaissent, mais pas vraiment qu'ils établissent une hiérarchie. En effet, chacun de son côté de la clôture, ils n'ont pas à vivre ensemble et à partager les ressources.


mercredi 15 février 2017

Quand des chevaux se battent

Les chevaux se battent rarement, mais quand il le font on peut s'interroger sur la nécessité d'intervenir ou de les laisser gérer leurs conflits. Les deux options se défendent : il est parfois dit, et pas nécessairement à tort, que l'intervention peut modifier les relations, en bien ou en mal, peut retarder la mise en place des relations sociales. Laisser les choses se faire naturellement est un parti qui se défend. Si le combat est sérieux, l'un des adversaires, voire les deux, peut être en danger et de toutes façons, un accident peut arriver, même si le plus souvent, les chevaux ne se font pas réellement mal. En ma présence, on ne se chamaille pas... Quand je ne suis pas là, les chevaux se débrouillent,... forcément !

La manière d'intervenir est souvent relativement simple :
La première chose à faire est bien sûr de ne pas se mettre en danger : on ne s’immisce pas entre deux chevaux qui ont décidé d'en découdre ! Mais les chasser, les faire courir est un bon moyen de stopper une bagarre. En plus, des chevaux qui courent ensemble peuvent ainsi à tisser des liens (ensemble, pas l'un après l'autre !). Il est possible que la perpective d'un prédateur commun lisse les désaccords. Donc courir vers eux, en brandissant une chambrière, par exemple, peut se montrer plutôt efficace, quitte à taper...

L'enjeu d'un conflit est une ressource : foin, grain, accès à l'eau… La place aussi, éventuellement : c'est à dire que si l'agresseur veut passer, il tentera de faire dégager l'autre.
Lorsque les chevaux s'entendent bien, les conflits sont presque inexistants, et souvent à peine esquissés : ce ne sont plus des messages de type « tu m'agaces ! » que des véritables menaces.  
Le plus souvent, un conflit se résout de manière simple et rapide : l'agresseur se dirige vers sa cible, le nez pincé et tendu en avant, les oreilles plaquées, la queue qui fouaille. L'autre déguerpit, plus ou moins vite et loin. Si les chevaux sont côte à côte, l'agresseur peut tourner la tête brutalement, dans la même attitude que précédemment, comme s'il voulait asséner un coup de nez à sa cible, ou pivotera son arrière-main, pour menacer de botter. En règle générale, mais ce n'est pas obligatoire, les mâles tendent à attaquer de l'avant-main, tandis que les juments vont plus souvent ruer. Le cheval plus dominant se présente généralement grandi tandis que le cheval qui se défend, qui est moins sûr de lui à tendance à écraser ses épaules. Une agression de défense peut avoir lieu : une ruade en fuyant le plus souvent. Des mimiques de la têtes (fausses morsures par exemple) peuvent se manifester : le cheval chassé n'est pas content...
Quand les chevaux se connaissent, ils savent qui ils peuvent bousculer, devant qui il faut fuir rapidement, qui ils vont plutôt ignorer…

En outre, il ne faut pas confondre le jeu et un conflit véritable : dans le jeu, les oreilles ne sont pas plaquées, alors que c'est plutôt le cas dans le combat, la queue fouaille plus fortement dans le combat, ou est au contraire fortement plaquée en protection (comme chez le chien), les mimiques sont moins agressives, moins "complètes" en quelque sorte, les gestes sont moins aboutis et bien souvent, il n'y a pas de contact, sauf chez les mâles (jeunes) qui peuvent se boxer et se mordre dans le jeu.  D'ailleurs, cela tend souvent à dégénérer, mais sans aboutir à un vrai conflit : comme deux gamins qui se chamaillent, puis se battent, généralement, ils cessent à la première vraie bosse. (Chez les entiers on peut observer une intensification du marquage fécal, mais on est là dans une situation d'agressivité particulière, qui est lié aux instincts reproducteurs et à la testostérone)

Les conflits importants, les bagarres peuvent avoir lieu lorsque :
  • Les chevaux ne se connaissent pas et qu'une hiérarchie est à établir 
  • En cas de limitation d'une ressource. (: c'est pour cela que nos chevaux en boxes manifestent autant d'agitation lors de la distribution du grain)
  • Il y a aussi les cas de chevaux qui ne s'apprécient pas : les chevaux tissent des liens d'amitié fort, il peut aussi y avoir des liens d'inimitié. C'est relativement rare car les chevaux ont besoin les uns des autres et la cohésion de troupeau est particulièrement importante et les conflits d'envergure peuvent la compromettre. Donc, lorsqu'il y a inimitié, les chevaux concernés s'évitent plutôt... Pourvu qu'il y ait suffisamment d'espace et que les ressources soient correctement réparties et abondantes.
  • Lorsque les agressions sont plus fréquentes, on peut supposer un trouble comportemental d'un (au moins) des protagonistes.
  • En présence d'un cheval entier, il peut y avoir des situations particulière d'agressivité liées à une "ressource" particulière : les juments.

Un vrai combat entre chevaux est toujours très impressionnant. Lors d'un conflit "ordinaire" les chevaux s'en tirent ordinairement avec juste quelques hématomes et plaies bénignes même si parfois des accidents plus graves peuvent survenir. De façon très particulière, il peut arriver qu'au moins un des deux chevaux semble vouloir tuer (j'insiste sur le "semble" : l'intentionnalité peut être discutable) l'autre. Par exemple, je me souviens d'un poney, Géronimo, qui  s'acharnait à botter et à attaquer de telle manière, que sa victime se trouvait acculée à un point d'eau : il avait noyé un premier cheval, et je l'ai vu adopter la même technique un jour où franchissant sa clôture, il s'était trouvé dans le pré d'un autre hongre.

Houston on a un problème ... avec Ernest.

Ernest était (est) un adorable poney qui était en pension avec mes juments, Lune et Joguette lorsqu'elles étaient chez Lili et Quali (leurs compagnes de pré). Quand Houston est arrivé, un hongre lui aussi, il a été tout simplement lâché avec mes juments et Ernest sans autre préparation préalable (quand on est en pension, on ne fait pas toujours ce que l'on veut ! Le pire était que je n'avais même pas été prévenu, mais passons...) L'intégration ne s'était pas trop mal passée, ce n'est que 15 jours plus tard que les choses ont gravement dégénérées...
Les 15 premiers jours, Houston restait à l'écart : Ernest, du haut de son mètre dix l’empêchait de s'approcher des juments, mais cela se passait de manière plutôt paisible : juste quelques grimaces occasionnelles. Le seul moment où une rivalité était réellement perceptible, était (comme bien souvent) à l'heure de la distribution du foin (restriction alimentaire : attention voir ici) et c'était d'ailleurs parfois  assez comique : Houston prenait position sur un tas de foin, ce qui agaçait Ernest qui le chassait. S'engageait alors parfois une course poursuite plutôt originale : Houston partait au galop, devant Ernest, mais comme il était plus grand que lui, il le devançait rapidement. Ernest tendait alors à retourner manger, mais Houston s'arrêtait, faisait comme mine de l'attendre, et peut-être de le provoquer ? Toujours est-il qu'il réactivait l'animosité du poney, qui reprenait sa chasse de plus belle, tandis que Houston se pavanait en un galop aérien, faisant varier ses accélérations...
Sauf que, ce jour là, Houston devait être de mauvaise humeur... Je ne me souviens plus comment cela a commencé, mais Houston a riposté, et s'est mis, à son tour, à poursuivre Ernest. Il y a du avoir un premier échange de coups de pieds, de la boxe et des morsures, mais le point frappant est que Houston était parvenu à attraper Ernest par l'encolure, la nuque même, tomber sur lui, se relever et commencer à le traîner à tourner autour pour le mettre à terre... Il fallait les séparer.
Dans ce cas là, juste faire fuir et courir les chevaux n'allait évidemment pas suffire ! D'ailleurs, je me suis précipitée sur eux, en urgence : le risque de voir le poney se faire briser la nuque était bien réel. Je n'avais qu'un licol en main, cela m'obligeait à m'approcher, mais la posture de Houston : en appui sur ses postérieurs de manière à mordre Ernest, ne lui permettait pas de botter. Mais une chambrière aurait tout de même été bien venue. Je tapais dans le tas, à bras raccourci, en hurlant et réussis à les faire dégager. Contre toutes attentes, au lieu de fuir, Ernest, qui selon moi venait d'échapper à sa mort, reprit à se battre. Nous étions deux dans le pré, en les chassant d'un côté et de l'autre, probablement en s'aidant de la fatigue, nous réussîmes à les séparer et, je ne sais même plus comment, à enfermer Ernest dans un des abris que nous avons du barricader et surmonter d'un fil électrique.
Le lendemain, le gérant de la pension a décidé de mettre les deux hongres ensemble, loin des juments, pendant un mois ou deux, puis, de remettre tout le monde ensemble : bien sûr, cela n'a pas été possible : Les deux hongres ensemble avaient réussi à s'entendre, bien que Houston malmenait bien volontiers Ernest. Mis à proximité des juments, l'agressivité à repris. Seul avec les juments, à proximité de Ernest, Houston a présenté un comportement d'entier, établissant un rassemblement sévère qui empêchait les juments de bouger.
On a ici un exemple d'antagonisme très fort qui bien qu'il soit entre deux hongres, est lié à la sexualité, ou du moins à l’intérêt pour les femelles.

Kepler

Pas loin du pré qu'occupent mes juments depuis 3ans et Mat depuis un peu plus d'un an, il y avait un cheval du nom de Kepler, seul depuis presque toujours, et entier, pas vraiment dressé, qui à une ou deux reprises, avait été mis en présence de jument pour la saillie. Le pré de Kepler était relativement pauvre, et les habitants du coin avaient pour habitude de lui donner leurs déchets plus ou moins alimentaires, de la pelouse, et même une fois, du thuya... malgré cela, le cheval étaient en pleine santé, solide comme un rock. Il avait l'habitude de manger l'herbe en passant la tête sous ou entre les fils barbelés de sa clôture, mais contrairement à mes craintes, ne la franchissait jamais. (Le premier printemps de la présence de Lune à proximité de ce cheval m'avait inquiétée, mais il y avait longtemps eu des poulinières là, sans aucun soucis).

Un jour que nos trois chevaux étaient dans un petit pré que l'on nous avait prêté, Kepler est entré avec eux. En fait, pour aller vérifier que les choses se passaient bien dans le nouveau pré, nous sommes passé devant celui de Kepler ... Pas de cheval ! Nous nous sommes précipités voir nos chevaux, et j’aperçois Mat, couvert de sang, Kepler était dans le pré en train de se battre avec lui, qui était acculé dans un coin. Il y avait une double clôture autour du pré prêté, entre lesquelles se trouvait une haie très dense d'arbres, arbustes et épineux. J'ai ajouté un fil pour éloigner encore mes chevaux de la clôture. Il avait donc traversé tout ça pour rejoindre nos chevaux. 
Nous avions, heureusement, chambrière et licols à portée de main. Je ne me rappelle plus précisément du déroulement qui a suivi. J'ai très vite vu que Mat n'avait pas de plaie visible et qu'il bougeait normalement. Le sang était celui de Kepler qui s'était ouvert la tête soit en franchissant les clôtures, soit à cause d'un coup de pied. Mais il fallait les séparer très vite. Bien sûr, Kepler était inapprochable : ce cheval entier, presque jamais manipulé, qui avait même une tendance à charger était dans un état de surexcitation et d'agressivité exacerbée, disons que sauf urgence, je ne serais pas entrée dans son pré : les chevaux agressifs, qui plus est envers l'homme, sont rares, mais ils existent et sont dangereux. C'est donc à coup de chambrière que j'ai réglé la première manche. C'est horrible de se rappeler de la violence en présence, à la fois de la part du cheval et de celle qu'il fallait développer sur lui. Kepler s'est éloigné, nous avons gardé Mat à l'abris derrière un fil et avons monté la garde avec la chambrière. Nous étions ses cibles aussi bien que le hongre, mais les juments n'étaient pas forcément épargnées : par deux fois, il a chargé, a renversé et est passé par dessus ma pauvre ponette. Là encore je suis intervenue, avec une colère et une violence décuplée, car j'avais en mémoire le pauvre Ernest tiré par l'encolure, ma ponette aurait été un chiffon dans la gueule d'un chien si j'avais laissé faire, à plus de 30ans, j'avais même peur que les chutes l'aient gravement blessée, d'autant qu'elle s'est levée sur trois jambes. Elle a réussi à se faufiler dans la haie, derrière Mat, ou il s'est placé devant, mais surtout, Lune se tenait, 4 ou 5 mètres avant, attaquant Kepler si il faisait mine de s'approcher de la ponette.
Dans le même temps, nous avions appeler le vétérinaire. Comme toujours, quand il y a un problème avec des chevaux, nous étions un samedi soir (ça aurait pu tomber un dimanche aussi) et les pompiers, qui ont fait venir la police. En fait, le vétérinaire ne pouvait rien faire : bien sûr, ce qu'il fallait pour arrêter Kepler était un fusil hypodermique, certains vétérinaires sont habilités à les utiliser, et ce sont les pompiers qui doivent les contacter. La police était présente pour sécuriser la population alentour : le drame était bien cantonné dans le pré, mais si les chevaux s'échappaient, la situation aurait pu devenir dangereuse pour les humains. D'ailleurs, les policiers avaient le droit de tirer pour abattre le cheval ... 
Ceux qui côtoient les chevaux, les connaissent comme des animaux doux, pacifiques, plus souvent apeurés qu'agressifs. Ceux qui les connaissent un peu, on bien conscience que leur masse et leur force peuvent les rendre dangereux, mais bien souvent malgré eux. Kepler était en furie, et attaquait tout ce qui se serait mis entre lui et Lune, les chevaux, en panique, auraient pu bousculer et piétiner (même si souvent ils évitent) n'importe quel curieux (et il y en avait !) ou provoquer un accident de voiture. Les propriétaires de Kepler sont arrivés aussi... Bien sûr, ils n'ont pu approcher le cheval : ils se sont fait charger.
Heureusement, la situation était bien cantonnée dans le pré, le seul problème était de récupérer les chevaux.
Par la suite et pendant trois heures, la situation suivante a duré : Joe se cachait derrière Mat, et Lune les protégeait tous les deux - plus probablement Joguette d'ailleurs - on a fini par rapatrier Mat et Joguette, derrière un fil devant lequel nous montions la garde. Je n'ai pas voulu les faire sortir car j'avais peur que cela inquiète Lune et qu'elle veuille les suivre, ce qui aurait provoqué l'échappée du groupe. Il y a eu de nombreuses poses, et de nombreuses phases de combat entre Lune et Kepler. Lune n'est pas une jument qui se bat, elle est grimacière, mais "n'a que de la gueule " et je l'ai vue à plusieurs reprises se faire malmener par des chevaux. Elle était ce soir là, d'une violence et d'une efficacité extraordinaire : l'enjeu, plus qu'une place au foin ou dans la cabane, était important sûrement. Je suppose que Kepler voulait la saillir, mais elle ne le voulait absolument pas ! Je me souviens qu'à un moment, elle s'est jetée sur l'épaule de Kelpler et l'a tiré fortement par les dents. Je ne sais pas comment la peau du cheval n'a pas cédée, il avait bien une peau de poney ! un pur-sang n'y aurait pas résisté !
Au bout de trois heures, le vétérinaire est arrivé. Lune et Kepler étaient en eau, on voyaient leurs côtes accuser une respiration importante. Il a fallu 3 fléchettes pour tranquilliser Kepler, administrées à intervalle pour qu'elles ne le tuent pas, bien que le risque était tout de même présent : l'effet de l'agitation (adrénaline ?) associée au produit aurait pu être fatal. Les premières faisaient effet bien sûr, mais pas suffisamment pour qu'il ne nous charge pas si nous essayons d'approcher Lune. Les deux autres chevaux étaient sortis. Finalement, Kepler a été suffisamment stone pour que le père du propriétaire du cheval puisse l'approcher et le contrôler quelque peu et pour que Lune et moi puissions nous évader. J'ai sorti Lune tranquillement, puis dès sorties du pré, nous sommes partis au trot avec les deux autres. Le vétérinaire a tenté de convaincre les propriétaires de faire castrer le cheval...
Le temps que le produit fasse effet, le vétérinaire à examiné Mat et Joe, qui n'avaient rien. Il me semble qu'il a du venir voir Lune aussi après, mais si elle était pleine de contusion, elle n'avait rien de grave. Mat est resté fatigué pendant un jour ou deux, mais il a fallu une bonne semaine à Lune pour se remettre. Pour Joguette, c'est plus difficile à savoir : elle est restée égale à elle même : doucement, doucement, doucement.
Bien sûr, nous n'avons pas remis nos chevaux dans ce pré...

L'année suivant, Kepler s'est échappé, de nouveau et après avoir couru de droite et de gauche, il a tenté de forcer, sans succès, la clôture du (vrai) pré de nos chevaux. Encore une fois, les pompiers, la police, et le vétérinaire armé du fusil hypodermique étaient présent -pas moi, j'étais dans le train pour aller passer des examens. Encore une fois, Kepler était hors de lui, il a attaqué son propriétaire, qui a renoncé. Le vétérinaire était sensé endormir suffisamment Kepler pour qu'un louvetier puisse viser et tuer proprement le cheval au fusil. Heureusement, le produit a pu faire suffisamment effet pour que le vétérinaire l'euthanasie.

Je dévie un peu du sujet initial, car cette histoire me met en colère : tout le temps où j'ai connu Kepler, je voyais un cheval qui s'ennuyait à mourir dans son pré, qui agressait les passants qui lui donnait à manger, qu'on ne pouvait approcher que difficilement et qu'en le connaissant bien. Castré, il aurait fait un gentil biquet, taillé pour la randonnée, il aurait pu faire un super petit cheval de loisir... Quel bien cela a-t-il fait à Kepler de rester entier ?

Lune et Lili puis Lune et Qualisto

Conflits ordinaires de mise en place hiérarchique

Lorsque Lune et Lili se sont trouvées pour la première fois dans le même pré, Lili, qui n'est pas une jument particulièrement aimable avec les chevaux inconnus, a voulu expliquer à Lune que cette dernière ferait bien de se tenir à distance ! ... Normal quoi ! ... 
Lune n'a jamais vraiment été une jument dominante : lorsque pouliche, elle était en groupe assez nombreux, il y en avait d'autre avec plus de caractère qu'elle. Lorsqu'elle a été installée avec Joguette, celle-ci avait l'ascendant sur elle, mais de façon peut marquées car elles partageaient beaucoup. Par la suite, Lune s'est toujours montrée une jument tolérante et partageuse.
Lili était (j'espère qu'elle est encore !) une splendide jument merens, mais d'un bai somptueux au lieu d'être noire, elle était très puissante, beaucoup plus forte que Lune et beaucoup plus agressive. 
Elle avait réussi à coincer Lune dans des arbres, et commençait à la botter en enchaînant de violentes ruades. Je leur ai couru dessus, chambrière à la main et Lili, qui craignait un peu les humains s'est sauvée rapidement, Lune la suivant. 
Il est possible que cette configuration particulière ait été très bénéfique à Lune, que cela ait permis à ma jument de prendre confiance et que Lili se soit sentie en infériorité. Peut-être aussi que le fait qu'elles courent ensembles juste cette fois là, ait suffi à tisser un lien ... ?
Non seulement elles ne se sont plus jamais battues, mais elles sont devenues très grandes copines. Lune a pris l'ascendant sur le groupe : Lili et sa fille (déjà adulte) et deux autres juments de caractère faible. Un des plus gros avantages de cette situation était que Joguette, ma petite ponette âgée, était parfaitement protégée par sa jument ... et pouvait, en toute impunité, dégager la grosse jument et sa chipie de fille sans risquer de se faire blesser. L'autre avantage était que Lune n'étant absolument pas agressive, les mouvements de troupeaux étaient toujours paisible : Liloo, ponette hiérarchiquement très faible, pouvait facilement se réfugier auprès d'elle part exemple. 

Qualisto était un jeune fjord, mignon mais très mal élevé et très irrespectueux, il avait passé l'hivers dans le pré touchant à celui de Lune et ses copines. Au printemps, tout le monde s'est retrouvé dans le même pré. Les premiers jours se sont bien passés. A ce stade, on croit, à tort, que les chevaux ont trouvé leur place. En plus les chevaux ayant passés l'hivers en voisin, on aurait pu penser que cela allait durer. Mais Lune et Qualisto se sont confrontés... Qualisto était beaucoup plus vif et fort que Lune et lui a mis une raclée avant que je ne puisse intervenir. Qualisto n'est pas devenu dominant : il était, depuis l'hivers, sous l'autorité bienfaisante d'un autre poney nommé Java, et Qualima et Lili gardaient l'ascendant sur lui, et de façon confuse sur Java. Mais Lune en est restée fort craintive.
Je m'interroge encore sur ce qui a poussé ces deux là à se battre... 

jeudi 26 janvier 2017

Mat

Mat est le cheval de mon compagnon.
Nous l'avons acheté il y a presque un an et demi, en mai 2015. J'aurais peut-être du commencer cette série d'article à ce moment, mais d'un autre coté, avec le temps vient le recul et la perception des conséquences de nos choix.

Si l'on se réfère à l'article précédant, Mat a été choisi pour une raison assez mauvaise : le coup de coeur, accompagné peut-être d'un peu de pitié de ma part : le cheval était seul et semblait souffrir d'un ennui terrible.
Néanmoins, on peut parler d'un coup de coeur éclairé : le cheval montrait une locomotion intéressante et puissante, une très grande souplesse et d'une sorte d'énergie insolente qui l'a tout de suite rendu drôle et attachant.
Du côté des points négatifs, il y avait, il y a toujours, ses jarrets qui ne me plaisent pas (un peu clos, légèrement vacillants) mais qui ne semblaient pas entraver ni sa propulsion arrière (quoi que à terme, la question semble parfois se poser) ni son bel équilibre naturel. Mais aucun cheval n'est parfait et dans le modèle que nous cherchions, il était difficile de trouver un cheval dont le prix soit adapté à notre bourse. Un autre de ses défaut est qu'il est gris, enfin blanc. Non pas que je n'aime pas les chevaux gris, au contraire, mais ma jument, Lune, est grise et est pleine de mélanomes. A cette époque nous venions, pour la deuxième fois, de lui en retirer un qui se formait au dessus de l'oeil, à proximité du nerf vagal et pouvant causer de gros soucis. Je voulais éviter les gris.
Le point le plus problématique était ce que nous connaissions de son passé, et en particulier qu'il était seul depuis au moins ses 4 ans. A cet âge il avait été acheté par un monsieur, qui, d'après ce que la personne qui nous l'a vendu nous a raconté, en avait peur et lui donnait carotte sur carotte. Et en effet, Mat mordillait ... tout, tout le temps... Il fouillait du nez, attrapait ce qu'il pouvait, le plus possible. Le pire était que, étant d'une souplesse de l'encolure phénoménale, il parvenait, lorsqu'on lui curait l'antérieur, à passer le nez entre son épaule et nous...

Nous l'avions tout d'abord essayé à la longe, pour observer ses allures, quelques côtés de son caractère, et pour commencer à faire connaissance. Le cheval s'est présenté comme un clown, pas facile, mais drôle.
On le voit faire demi-tour sur les vidéos et un moment a été malheureusement pas filmé : le cheval ayant changé de direction, Sébastien le ramène à lui et lui demande de partir à la bonne main à l'aide de la gaule (il n'y avait pas de chambrière) Mat le regarde, regarde la gaule... et la prend dans la bouche... Je crois que c'est à ce moment qu'il s'est vendu !



Il avait du être débourré autrefois, mais ses futurs ex-propriétaires l'avaient remis au travail. Monté, il avait des allures souples et puissantes mais un comportement de poulain : une absence de réponse aux jambes avec des trajectoires d'anguille, une bouche fuyante mais avec pourtant un certain besoin d'un contact fort comme quelque fois certains jeunes chevaux. Il avait été acheté dans le but d'être attelé avec deux trotteurs. Bien sûr, ce cheval ibérique c'était montré trop lent pour les suivre...
D'ailleurs, lorsque nous l'avions testé à la longe, la personne trouvait qu'il n'avançait pas, alors que, au contraire, je lui trouvais une belle amplitude mais avec une cadence un peu rapide, un peu bousculée. Un ibérique n'est pas un trotteur...




Donc
Sébastien s'amusait avec le cheval, discutait avec lui et de son côté Mat semblait apprécier la relation. Il avait 9 ans, était physiquement solide. A cet âge (on peut considérer que du point de vue du caractère, un cheval est adulte à 8ans) et avec cette morphologie, il allait pouvoir être mis au travail de manière rigoureuse assez rapidement (sic et re-sic... mais je n'en dis pas plus pour le moment)
Alors, malgré ses quelques défauts nous décidons de prendre le cheval : le seul point vraiment problématique était le fait qu'il était désocialisé et que nous n'avions aucun moyen de savoir comment il allait se comporter avec les juments. Mais nous étions au mois de mai, il allait donc être facile de séparer les chevaux le temps nécessaire, quitte à revendre le cheval si l'on ne parvenait pas à l'adapter à la vie à plusieurs. J'ajoute qu'à ce stade, son attitude globale, son regard, me laissait penser qu'on pourrait l'adapter sans trop grandes difficultés (à suivre ...)

15 jours plus tard, nous venions cherchez Mat
Il est très bien monté...  Mais à fait demi-tour... dans un van 1,5 place : un cheval d'1m60, qui tourne dans 1m53, c'est un peu impressionnant ! Il faut dire ... Mat est souple ! ... mais Mat ne reculait pas ! pas du tout (ça aussi à suivre ;-) )

mardi 13 décembre 2016

Choisir un cheval

Voilà plus de 4 ans que je n'ai rien publié.

Je me lance dans une nouvelle série d'articles qui vont tourner autour d'un nouveau venu équin dans notre famille : Mat, le cheval de mon compagnon. Vous le verrez, Mat n'est pas un cheval tout à fait ordinaire. J'aurais du commencer à écrire il y a environ 1 an et demi, quand il est arrivé, mais d'un autre côté, le temps passé permet d'avoir davantage de recul.

Voici un premier article :

Choisir un cheval
Je ne vais pas m'étaler sur les éléments à prendre en considération avant de prendre la décision d'acheter (temps, finances, connaissances...) la toile regorge d'informations à ce propos. Non, je vais me consacrer au choix : quels sont les processus, comment bien (ou mal) choisir son nouveau (ou premier) cheval.

     L'achat d'un cheval est une démarche importante émotionnellement et très significative financièrement. Bien sûr, cela dépend des moyens et points de vue de l'acheteur, mais je vais partir d'un principe .... Le mien ! ;-)
   En premier lieu, force est de constater que c'est un achat paradoxal : on achète un compagnon... ! Ethiquement, l'achat d'un ami a quelque chose d'assez surprenant non ? Quoi que... On en voit. Remarquez que la plupart des animaux de compagnie s'achètent en fait... Notez aussi que légalement, les animaux sont des biens... autant dire des objets... même si des notions de respects et d'éthiques font tout doucement leur chemin.
Quoi qu'il en soit on va investir dans le cheval de l'argent parfois durement économisé, on achète le cheval à la place de toutes les choses dont on s'est privé pour y parvenir (à moins d'une belle fortune personnelle...) et généralement on passe du temps à le trouver, le choisir. Et puis parfois, assez souvent en fait, le cheval est un outil : pas un vélo, mais quelque part il y a un peu de ça ! En bref, un cheval est un investissement et on compte en avoir pour notre argent ! 
Et là je vous entends murmurer : "ben non et oh ! Moi j'aime les chevaux ! Pour mon cheval, je ne compte pas ! et blabla bla et bla blabla..." Vous vous leurrer mes braves : même si vous n'êtes pas en attente de résultats en compétition, même si vous aimez sincèrement et profondément votre cheval, vous attendez quelque chose en retour : qu'il vous "aime", qu'il soit source de détente, de joie, ... de gloire, voire de pouvoir (sisi). Un petit coin de votre esprit croit qu'il vous le doit, d'autant plus que vous avez misé dessus. La plupart du temps on ne s'en rend pas compte car on l'obtient tout ça, d'une façon ou d'une autre. Sinon, on est frustré... On a misé sur le mauvais cheval (sic)

     Le soucis est donc de trouver l'animal avec lequel on va s'entendre, que l'on va aimer, mais aussi d'investir dans un outil dont les capacités physiques vont satisfaire à nos ambitions. Le type de cheval (origines raciales), sa morphologie ont alors une certaine importance. Un cavalier désirant faire de la compétition à haut niveau évitera le fjord que choisirait un randonneur par exemple. Il est bon aussi de prendre en compte l'histoire du cheval et son caractère, son éducation, si tant est que l'on puisse avoir ces renseignements. Ici, la présence du comportementaliste peut aider (mais il  n'est pas devin.)
   On entre alors parfois dans une ambivalence sentiment vs raison qui n'est pas toujours simple à démêler : si notre compétiteur tombe amoureux des beaux yeux du fjord par exemple...

Achat raison vs achat coup de cœur
Donc, on navigue entre ces deux extrêmes :  l'achat raison, sans sentiments : le cheval est bien sur le papier, il est sain, a les capacités physiques, éventuellement le palmarès qui va bien. Parfois même, dans cette perspective, le cavalier ne choisit pas lui-même le cheval, mais c'est un moniteur, ou assimilé qui le fait.
A l'opposé, on a l'achat coup de cœur : on rencontre le cheval et pour une raison x ou y on en tombe amoureux. Ses défauts s'estompent au profit de la qualité qui nous à fait craquer. Selon le niveau du cavalier, ses compétences équestres et le cheval en question, ce peut être la pire ou la meilleure manière de choisir.
Le cavalier averti va inconsciemment apprécier, de manière spontané, un cheval correspondant à ses attentes : il est formé à aimer une morphologie, un tempérament en particulier. 
En revanche, un coup de cœur fondé sur la couleur des crins fera prendre le risque d'un choix regrettable : le cheval a la belle crinière pourra s'avérer être d'un caractère complexe, d'une passivité affligeante, d'un physique inapte...
Si tout cela est fait en connaissance de cause, ça peut marcher. Sinon, on risque de créer un couple dysfonctionnel, le cheval et son nouveau propriétaire ne pouvant fonctionner ensemble. Ne me répondez pas qu'un bon cavalier va s'accorder à n'importe quelle monture ! C'est vrai mais en premier lieu les vrais bons cavaliers sont rares, en second lieu parvenir à faire travailler et à manipuler sans heurt un cheval ne signifie pas nécessairement que le cheval est apprécié. Or l'équitation est aussi une affaire d'amour. Sans amour, le cavalier pourra tirer certaines choses du cheval, mais il n'y aura pas cette osmose qui permet aux vrais bons de faire ressortir les qualités du cheval. Sans amour, le cheval peut, d'une manière plus ou moins subtile, être forcé et éventuellement en pâtir.


Achat pitié
Proche du coup de cœur, mais pouvant être pire dans certains cas, en particulier pour le cavalier néophyte,  est l'achat pitié, à moins que ce choix soit particulièrement bien réfléchit. Il s'agit généralement de sauver un cheval de la boucherie, de récupérer un cheval qui a été négligé, mal traité. C'est louable bien sûr ! Mais il faut savoir à quoi s'attendre. Si le but de l'acheteur est de sauver un équidé, il peut se tourner vers les associations qui  sauront l'orienter, choisir le cheval qui, avec l'acheteur formera un accord parfait.

On peut distinguer différent types de chevaux à sauver :
Les "éclopés" : accidentés ou usés par le travail, ils ne peuvent plus être montés. Ils peuvent faire de parfaits chevaux tondeuses à coucougner. En revanche, dans un temps plus ou moins bref, ils pourront nécessiter des soins de conforts, parfois forts coûteux.

Les "mauvais chevaux" : on n'est d'accord, le terme "mauvais "n'est pas approprié !! Un cheval n'est pas méchant par nature mais peut être parfois compliqué, difficile à comprendre et les réactions des humains autour de lui (qu'elles soient brutales ou tendres d'ailleurs) peuvent conduire certains chevaux à devenir agressifs. Les chevaux ayant été trop négligés peuvent être particulièrement peureux de l'homme. Ces chevaux ne seront pas à mettre entre toutes les mains : ils pourront conduire à beaucoup de complications le cheval risquera alors d'être négligé, de devenir dangereux...

Les réformés : trotteurs ou galopeurs que l'on a retirés des courses. 
Certains après qu'ils aient couru, on peut les placer dans le groupe des éclopés, pouvant quand même assez souvent être montés mais après une rééducation. Ce ne sont souvent pas des chevaux faciles : tout d'abord, ils ont été éduqués en chevaux de course, et leurs savoirs ne correspondent pas forcément à l'équitation ordinaire. De plus ce sont souvent des chevaux vifs, extrêmement réactifs. Enfin, certains on pu être traités de manière assez brutale (sans pour autant avoir été maltraités, ce n'est pas mon propos). 
Les réformés jeunes, qui n'ont pas couru, ont été dressés en cheval de course, mais ne sont pas performant. Comme i sont jeunes, il est plus facile de leur désapprendre les manières non désirées et de les rééduquer. Mais il faut savoir deux choses : le dressage et la sélection des chevaux de course se fait de manière très précoce, avant 2 ans, et vous pouvez tomber sur des chevaux de 2 ans seulement, il conviendra alors de les laisser grandir tranquillement avant de recommencer à les faire travailler si vous voulez éviter les risques d'usure précoce, voire des troubles du caractère. La deuxième chose à savoir est que ces jeunes chevaux ne sont pas nécessairement exemptes de blessures voire d'usure, liées à un travail précoce et intense et pourront avoir des séquelles à un moment ou un autre. 


 

Pour tout mettre dans une coquille de noix, comme on dit en anglais, il convient, lorsqu'on choisit un cheval, de bien prendre conscience des raisons qui nous font le choisir, et des conséquences qu'auront ce choix. Il faut garder en tête, que si le cheval va évoluer avec vous, vous ne le transformerez pas intégralement sa façon d'être.

dimanche 8 juillet 2012

Agressivité ou autres comportements aberrants -la surpopulation





Chez le cheval, le manque de ressource provoque des comportements agressifs ou d'autre troubles du comportement. Je l'ai développé dans l'article précédant, chez l'homme aussi.

De la même manière, la surpopulation est à mettre en cause dans l'apparition de l'agressivité et de troubles du comportement, parfois important. Ca a été montré chez les poulets, les cochons. On le rencontre chez les chevaux.
Rencontre-t-on le même problème chez l'homme ?
Oui, bien sûr - du moins de mon point de vue.

Surpopulation et manque de ressources.

Dans un premier temps, la surpopulation et le manque de ressource peuvent être liés. En effet, si les individus sont en surnombre, la part de ressource qui revient à chacun a de grandes chances d'être moindre. Ainsi les individus vont avoir tendance à se battre pour préserver leur part, voire l'augmenter pour plus de sécurité.


Chez l'homme, on le voit très souvent. C'est en partie, plus ou moins grande, la cause de certaines guerres dans les parties du monde les plus défavorisées. Autour de nous, on peut remarquer des formes diverses d'agressivité, de la plus banale à la plus pernicieuse. On peut prendre l'exemple du simple vol ou de la simple dispute entre enfants pour un objet ou un autre. On peut aller jusqu'à des comportements manipulateurs ou abusifs voire destructeurs visant à se maintenir au pouvoir, au sommet de l'échelle hiérarchique. Il n'y a pas toujours de combat, ni même de menace physique comme chez les autres animaux, mais il y a pourtant une réelle agression, parfois morale, le but étant de anéantir l'autre, ou plus aimablement de l'écarter.


Préserver son espace, se préserver.



Dans un second temps, la surpopulation joue sur l'espace personnel. C'est-à-dire que par exemple, les chevaux en situation de surpopulation vont éprouver des difficultés à préserver leur bulle ce qui va impliquer des conflits.

Il semble que malgré une meilleure adaptation de l'homme, par rapport aux chevaux, à l'entassement, il souffre aussi de la surpopulation.
Prenons le cas d'une salle de classe en cas de sur-effectif, ce qui est assez souvent le cas.

Premier élément : difficulté à se déplacer. 

D'accord les élèves ne sont pas en classe pour se promener, mais ils peuvent parfois avoir besoin de se déplacer, pour aller montrer leur travail à l'enseignant par exemple. Dans le cas d'une classe surpeuplée les prétextes à la dissipation sont alors multipliés
: bousculade pour les plus dissipés, on trébuche sur les sacs, on fait tomber des objets.

Deuxième élément : le désordre. 

Les élèves en classe sont assez souvent désordonnés : le casier est mal rangé, les trousses, et les feuilles traînent sur le bureau, sans parler des billes ou autres inutilités scolaires qui envahissent l'espace. Si un espace plus grand était disponible, des rangements plus appropriés pourraient être envisagés : les sacs ne traineraient plus entre les tables, les fameuses billes seraient reléguées dans un coin en attendant la récréation etc...

Troisième élément : Le bruit. 

Quelques individus dans une pièce, ça fait du bruit. S'ils sont nombreux, et particulièrement si la pièce est trop petite, le bruit devient d'autant plus vite insupportable que chacun tente de couvrir le bruit que fait l'autre.
Chez le cheval, on sait qu'une écurie bruyante est source de stress et de trouble du comportement. Chez l'homme on a relevé des accélérations du rythme cardiaque, des troubles du sommeils et bien sûr des difficultés à l'apprentissage.

Quatrième élément : Un grand inconfort. 

Que se soit dans une écurie mal aérée ou dans une salle de classe, la surpopulation se traduit par une augmentation de la chaleur, une diminution de l'oxygène, et une augmentation ... des odeurs.


En somme, la surpopulation provoque des envahissements à l'échelle individuelle. 

Au delà de notre espace personnel, l'invasion se fait par nos oreilles, notre nez et tous les pores de la peau. Les personnalités s'étiolent, se perdent, bref, sont en danger.
Sans doute pour préserver la leur, certains développent des comportements aberrants, qui peuvent être en partie assimilés aux tics des chevaux - mis à part le fait, important, que les tics s'installent durablement.

Dans une salle de classe, on peut observer qu'au fur et à mesure que le bruit, la chaleur, la fatigue augmentent les comportements aberrants se développent.
Au delà que les bavards vont parler de plus en plus fort, certains vont taper en rythme avec leur règle, d'autres vont détruire leur matériel, les plus fragiles vont se mettre à chanter ou même à pousser des onomatopées incohérentes ! D'autres, au contraire, se replient sur eux-même, s'enferment. Tous se passe comme s'ils cherchaient à s'entendre, à se retrouver, car ils sont perdus, presque détruits dans cette ambiance inappropriée.


L'homme, comme le cheval, a besoin d'espace c'est les maltraiter que ne pas leur en donner...